interview

Junon
Rencontre avec Arnaud chanteur du groupe Junon (Ex General Lee). Il nous présente le groupe et nous parle également de leur EP "The Shadows Lenghten". Entre référence cinéma et litterature fantastique, des riffs explosifs, voilà un groupe taillé pour la scène.


L&T: Salut Arnaud. Si on se réfère à l'histoire, "Junon" était la déesse du mariage et de la fécondité, mais aussi elle avait surtout un caractère guerrier, quel côté de "Junon" vous avez gardé ?
Arnaud: Salut. Les trois en fait si on y réfléchit bien. Nous sommes six individus à fortes têtes avec un besoin d’écrire une musique émotionnelle, physique et guerrière. Parfois ça crée des tensions et des désaccords. On se doit donc de mettre parfois de l’eau dans notre vin pour maintenir un certain équilibre, on n’est pas loin d’un mariage à 6 personnes dans ces cas-là. Quant à la fécondité, ça a donné notre premier EP « The Shadows Lenghten » que l’on a accouché sans réelles douleurs et surtout avec un grand plaisir et une grosse envie d’en découdre après 4 années de hiatus.

L&T: Peux-tu nous présenter le groupe et pourquoi ce nom "Junon" ?
Arnaud: Après une prise de tête sans fin pour se mettre d’accord sur un nouveau nom, nous avons jeté un coup d’œil dans le rétro et Junon (le titre d’ouverture du premier EP de General Lee "The Sinister Menace") s’est imposé comme une évidence. C’est un titre "emblématique" qui nous a rarement quitté depuis 2003. Mis à part ce changement de nom, rien n’a vraiment changé dans le fond. D’ailleurs nous n’avons nullement l‘intention de mettre de côté les titres composés avec General Lee pour nos prochains concerts. On reste le même groupe de potes, avec les mêmes envies, le style musical reste pour ainsi dire le même, mais le changement de nom nous a donné davantage de latitude pour expérimenter des choses différentes et changer la dynamique de nos titres. On ne traine plus uniquement cette étiquette "post-hardcore" qu’on nous a collé avec General Lee. Cela qui nous permet d’avoir plus de libertés et sans ressentir d’attentes particulières de la part des personnes qui nous suivent depuis longtemps.

L&T: 4 Titres, mais quasiment 4 styles différents ? Comment tu définis votre musique ?
Arnaud: Personne n’aime se trimbaler constamment une étiquette dans le dos donc, même s’il est vrai que l’on est proches du post-metal ou du post-hardcore avec des influences qui vont de Neurosis à Deftones en passant par Will Haven ou Converge, on fait du rock…de façon extrême : des explosions, de l’émotion et des riffs plus « catchy ». En tous cas c’est du bien rock extrême pour un fan des Strokes (rires)…que j’adore au passage.

L&T: Pourquoi un EP plutôt qu'un album ?
Arnaud: On souhaitait tâter le terrain sur une paire de titres pour voir si on avait encore des choses à dire et sortir de nos schémas de compostions habituels. Le format EP est parfait pour ça.

L&T: Comment vous avez travaillé pour cet EP ? Qui fait quoi ?
Arnaud: Une bonne partie de la composition s’est faite à distance à cause de la crise sanitaire et aussi du fait que nous sommes dispatchés dans toute la France. Malgré cette situation inédite tout s’est passé assez facilement et sans aucune pression extérieure en fait…Après cette longue pause nous avions tous énormément envie de composer, d’expérimenter et de nous ouvrir à d’autres perspectives musicales. Notre ligne directrice reste la mélancolie, des riffs massifs, des plans hardcore, finalement un mix de tout ce que nous avons pu créer avec General Lee. Ce mélange se fait de façon assez naturelle car nous avons 3 guitaristes dans le groupe avec des influences différentes et avec chacun un son bien spécifique. Nous démarrons généralement la composition par un riff de guitare principal plutôt rythmique puis nous ajoutons des couches et des textures différentes pour avoir un spectre sonore assez large et riche. Ensuite la section basse/batterie vient muscler le tout suivi des chants qui proposent davantage de variété qu’à l’époque de General Lee. Le mix de nos six personnalités donne Junon, entre explosions hardcore et mélodies tristes. Ce qui est assez fou c’est que nous nous sommes retrouvés au complet uniquement en entrant au Boss Hog Studio pour tout mettre en boite…c’est une façon différente de travailler qui nous a obligé à soigner énormément le maquettage des titres en amont afin d’arriver en studio les plus sereins possibles.

L&T: Quels thèmes vous abordez ?
Arnaud: Le cinéma et la littérature fantastique d’horreur, HP Lovecraft en tête, a toujours eu une grosse influence pour les textes de General Lee et donc de Junon. Pour les textes de l’EP, j’ai fait un parallèle entre la puissance irréelle et la terreur cosmique que provoquent les grands anciens chers à Lovecraft et les éléments de la terre qui peuvent nous balayer en un instant. Ces dieux invisibles que s’ils peuvent se montrer bienveillants et généreux avec l’être humain peuvent aussi tout reprendre et nous balayer en un instant. Quand j’entends parler que l’être humain est en train de détruite la planète ça me fait m’interroger…Pour moi l’être humain va à sa propre perte par manque d’humilité et de respect face à la nature. Notre passage sur la terre ne représente qu’une fraction de seconde à l’échelle de l’univers. La terre reprendra ses droits sans aucun doute, balayant toute trace de notre passage.

L&T: Vous avez choisi le morceau "Carcosa" pour votre clip. C'est le morceau le plus représentatif de "Junon" ?
Arnaud: Vu que l’on avait en tête de proposer quelque chose de plus varié avec cet EP, on peut dire que « Carcosa » est représentatif de cette évolution avec son rythme martial, le refrain en chant clair et ces arpèges un peu post-punk. Par contre, si tu veux trouver un lien plus direct avec General Lee ce sera avec un titre comme « Sorcerer » qui aurait pu être composé à l’époque de « Hannibal Ad Portas » ou de « Roads ».

L&T: Quelles différences ou évolutions par rapport aux albums précédents ?
Arnaud: Le résultat sonne, je l’espère, plus réfléchi et mature même si je n’aime pas trop ce terme. C’est plus insidieux, moins direct et les titres du EP proposent davantage de couches de lectures que le dernier album de General Lee « Knive Out, Everybody ! où on avait poussé les potards à fond, créant l’incompréhension chez beaucoup de monde (rires)

L&T: Ce nouveau nom "Junon" est la claque qu'il vous fallait pour repartir de plus belle ?
Arnaud: C’est un nouveau départ que l’on n’aurait pas pu prévoir quand on a raccroché en 2016. On était dans un tout autre été d’esprit à l’époque, avec beaucoup de lassitude. On est très contents d’avoir relancé la machine et les retours sur le EP sont très encourageants. Il sortira d’ailleurs dans une double version vinyl coloré le 17 septembre prochain chez le nouveau label Source Atone Records avec qui nous avons également signé un deal pour un premier album.

L&T: Bon, même si ça va être chaud cette année, L'EP a été composé pour la scène ?
Arnaud: Définitivement oui, c’est la raison première de notre retour. L’avantage d’avoir trois guitares - hormis le fait que l’on va être encore plus serré dans le van (rires) - c’est que l’on pourra reproduire les parties studio plus facilement. On a hâte en tous cas, nos sacs de couchage sont dans l’entrée.

L&T: Dès que vous et les autres groupes bien sûr remonterez sur une scène, on croise les doigts, quelle sera la set list ? On retrouvera des morceaux de General Lee ? Quelle période ?
Arnaud: On jouera l’EP dans son intégralité et on ressortira des titres de General Lee comme Drifting, The End of Bravery, Medusa Howls With Wolves, Colossal Rains…et si les concerts reprennent dans deux ans on fera des sets deux heures à en crever car on aura sorti le nouvel album d’ici là (rires).

L&T: Merci Arnaud pour cette interview.
Arnaud: Merci à toi et ton soutien qui fait bien plaisir. Allez jeter une oreille sur notre nouvel EP disponible sur Bandcamp et sur toutes les plateformes de streaming n'hésitez pas à vous procurer vinyl sorti chez Source Atone Records, c'est un bel objet.


L&T le 29 Avril 2021
Image