interview

Archie Lee Hooker
Rencontre avec un personnage, une personnalité dans le monde du blues: Archie Lee Hooker. Neveu du légendaire John Lee Hooker, il a construit sa propre carrière de chanteur et de bluesman. Avec son nouvel album "Living in a Memorie", il démontre encore tout son talent. Un album plus personnel où le Blues côtoie la Soul et tutoie le Rythm N'Blues et le Jazz.


L&T: Archie bonjour. Tout d'abord, comment allez vous ? Avez vous fait vos vaccins, et êtes vous prêts a reprendre la route des concerts ?
Archie: Bonjour, je vais très bien, merci. Je recevrais ma vaccination en mai. La route me manque et j'ai hâte de me remettre à jouer !

L&T: Plus sérieusement, les vaccins sont la solution pour sortir de cette crise, vous incitez votre public à se faire vacciner et enfin se retrouver ?
Archie: Oui, je les recommanderais absolument, et s'il vous plaît tout le monde, portez également vos masques. Nous faisons tous partie de la solution. Travaillons ensemble pour que nous puissions revenir le plus rapidement possible à une vie normale.

L&T: Avant de parler de votre album, on ne peut pas ne pas parler de votre oncle. Au départ vous êtiez plus gospel, mais en 1989 vous "tombez" dans le blues. Qu'est ce qui vous a fait basculé dans la "musique du diable" ?
Archie: C’est juste quelque chose qui est arrivé comme ça. Un ami a voulu monter un groupe et ils ont demandé à John (John Lee Hooker ndlr), mais John a dit de demander à Archie. C’est ainsi que je suis arrivé dans mon premier groupe de blues. Nous avons commencé à composer et à jouer de petits concerts en Californie. C’est quelque chose s'est passée mais ce n’était pas quelque chose que j’avais prévu, c’est simplement arrivé naturellement. Et je ne le regrette pas une seule seconde !!!

L&T: Vous avez vécu avec votre oncle, que vous a t il apporté musicalement ?
Archie: Je suppose que la musique était déjà en moi et que je ne savais tout simplement pas comment la faire sortir. Alors John m'a aidé à LA sortir. John m'a définitivement influencé, et j'ai repris des suggestions de certains des plus grands noms du blues qui venaient à la maison. Mais John et moi étions amis, on parlait de tout et pas forcément que de musique.

L&T: Question que l'on a dû vous posez à de multiples reprises: c'est compliqué de sortir de cette "image" c'est "le neveu de" ? A partir de quand vous vous êtes dit "ça y est je vis (musicalement bien sûr) comme Archie Lee" ?
Archie: Oui c'est le cas. Tout le monde ne comprend pas que je n’essaie pas d’être John Lee. J'ai ma propre histoire à raconter, et c’est ce que je fais. Quand j'ai commencé à tourner, je n'ai jamais voulu être dans l'ombre de John, parce que mes idées musicales étaient différentes des siennes. J'ai vécu une vie différente de lui. Et mes idées musicales sont arrivées naturellement. Peut-être que le première fois où je me suis vraiment senti dans mon truc, ma musique, c'était en 2011 quand j'ai enregistré "Straight from the Heart" avec Carl Wyatt.

L&T: Pourquoi avoir nommé votre groupe "The Coast To Coast Blues Band" ? Cela a une signification particulière ?
Archie: Oui, cela a une signification particulière. Mon "Band" vient de différentes côtes, du Brésil au Luxembourg en passant par la France, ils sont tous de différentes parties du monde. Et ils ont gagné ce nom, il ne leur a pas été simplement donné, mais ils l’ont mérité. C'est ma façon de montrer mon attachement à mes musiciens.

L&T: Vous sortez un très bel album "LIVING IN A MEMORY, Pourquoi ce titre ?
Archie: En me souvenant du chemin que j'ai fait, du Mississippi à la France, de toutes les routes que j'ai parcourues, des erreurs que j'ai faites, des mauvais virages que j'ai pris où je devais repartir et me remettre sur la bonne voie. C’est un CD plein de souvenirs, bon et mauvais à la fois. C’est la même chose que mon précédent album "Chilling", une compilation du parcours de ma vie écrit en paroles et en musique.

L&T: Vous aviez besoin de "vivre dans un souvenir", pour pouvoir avancer ?
Archie: Oui, j'ai besoin de revenir sur ma vie pour avancer. Je devais sortir de moi les choses qui me gênaient pour continuer à avancer. Du Mississippi au Tennessee en passant par la Californie et maintenant la France. Vous devez parfois abandonner votre passé pour continuer à avancer.

L&T: Quels thèmes vous abordez sur cet album ?
Archie: L’album parle de la vraie vie, de la vie qui se passe aujourd’hui. Rien d’artificiel, rien d’inventer. Des choses qui se passent réellement aujourd'hui dans le monde, non seulement pour moi, mais pour des millions de personnes. C’est une jungle où les gens doivent avoir 3 emplois pour pouvoir survivre. Il s’agit d’une nation divisée, du racisme. "Parchman Bound" parle de l'un de mes parents qui a été envoyé dans les prisons les plus notoires du sud. Vivre dans un souvenir, c’est la façon dont ma femme m’apprécie, parce que je n’étais pas prêt à être un bon mari et un bon père. "Getaway" concerne mon déménagement de la Californie à la France.

L&T: Musicalement, on retrouve pas mal de styles, ce n'est pas que du "blues". On retrouve de l'esprit "Soul" sur pas mal de titres, du Rhythm & blues, du Swamp ?
Archie: Oui, c'est un mélange de blues et de soul. Un mélange de paroles, de styles et de rythmes, et c’est comme ça qu'est la vie. La vie n’est pas toujours la même, il y a des hauts et des bas. Nous voulions un album qui puisse toucher tout le monde dans ce monde. Il y a quelque chose pour chacun. Il y a des sentiments et des paroles qui toucheront les gens de différentes manières.

L&T: Beaucoup de cuivres également, vous aimez la "chaleur musicale" qu'emmènent ces instruments ?
Archie: Oui, cela ajoute une saveur particulière. Cela rend le son plus ample, chaleureux, relaxant. Je les aime! J'ai toujours aimé les groupes de Blues avec une section cuivres. J'adorerais aussi emmener les cuivres sur la route. Voyons si nous pouvons y arriver un jour.

L&T: Sur "Blinded by love" (Mon morceau préféré), avec Bernard Allison à la guitare, vous allez même vers le "Chicago Blues". Comment vous êtes vous trouvés ?
Archie: Nous avons rencontré Bernard à plusieurs reprises. Quand j'ai commencé à enregistrer ce nouveau CD, il a demandé s'il pouvait faire parti d'une chanson, et j'ai accepté. C'était un plaisir de l'avoir sur notre album, il est génial!

L&T: C'est vous qui avez composé ce morceau ou bien Bernard Allison a-t-il participé ?
Archie: Non, il n'a pas aidé à composer la chanson, nous avons choisi cette chanson car nous pensions qu'elle correspondait le mieux à son style.

L&T: Comme vous il a un héritage lourd à porter ?
Archie: Je suppose qu'il a aussi un lourd héritage à porter. Mais il s'est définitivement fait un nom! Il fait sa propre musique avec son propre style et c’est ce que j’aime chez lui.

L&T: Vous aimez également "dénoncer" les travers des dirigeants, je pense à "It's A Jungle Out There" ?
Archie: Il s’agit du monde d’aujourd’hui, tout le monde travaille si dur pour subvenir aux besoins de sa famille, pour avoir un endroit où vivre ou travailler dur pour pouvoir manger. Les deux parents travaillent maintenant. Si ce n'était qu'un des deux, vous n’auriez plus assez d’argent pour survivre. En regardant le mur, le racisme.
L'Amérique recule. Nous avons fait beaucoup de progrès, mais maintenant nous retournons en arrière et ce n’est pas bon. Les gens doivent prendre la parole pour que le changement se produise. J'espère que cette chanson aidera à changer un peu notre société. Peut-être qu'il y a des gens qui écoutent la chanson et commencent à s'interroger sur certaines choses.

L&T: Vous terminez cet album avec le superbe "Miss You Mama", un hommage émouvant à votre mère ?
Archie: Oui, c'est un hommage à ma mère, pour les sacrifices qu'elle a fait pour moi et pour le savoir et l'amour qu'elle m'a transmis. Je la remercie ici pour tout ce qu’elle a fait pour moi.

L&T: Vous êtes installés en France depuis 2011, pourquoi avoir choisi la France ?
Archie: Le fromage et le vin !!(Rires). Plaisanterie mise à part, c'était un but musical et d'amour. C'était à l'origine une suggestion de John. Il a dit que si vous vouliez faire de la musique, allez en Europe. Je lui ai demandé où en Europe, il a dit que je ne peux pas vous le dire, mais vous le saurez une fois que vous y serez.

L&T: La France est elle une seconde "Terre de Blues" car on trouve beaucoup de musiciens "américains" qui sont venus s'y installer ?
Archie: Je pense que oui, je connais de nombreux Bluesman et Blueswoman qui ont déménagé en Europe, pas nécessairement seulement en France mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, etc. C’est une terre d’opportunités pour les artistes américains.

L&T: Vous avez peut être en France, plus de possibilités d'exprimer votre art et votre musique ?
Archie: C’est un pays culturel, ils investissent dans l’art et la culture, ce qui permet à chaque type d’artiste d’avancer plus facilement, de faire ce pour quoi il est né.

L&T: Vous avez dit "Comment mettre du feeling dans une chanson si on n’a pas vécu soi-même ce que l’on chante", c'est ce qui fait de vous un chanteur authentique ?
Archie: C’est sûr qu'il vaut mieux le vivre, car une fois que vous l'avez vécu, vous pouvez l’exprimer librement, sans trop y penser. Ca devient naturel. Et le public le sent. Il sait si vous êtes un chanteur ou un agent immobilier ! (Rires)

L&T: Merci beaucoup pour cette interview et à très vite sur la scène.
Archie: Merci Yann. Keep on Bluesin.


L&T le 26 Avril 2021
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