BENOIT BLUE BOY & LES TORTILLEURSRESOLUMENT BLEU

Quand il sent l’heure venue d’enregistrer un album, Benoît Blue Boy ne grignote pas son crayon devant une feuille blanche. Il est la feuille blanche, il se chante des brouillons mentaux. Si une phrase ne passe pas l’oral, il s’en chante une autre. Il s’est toujours débrouillé seul, ayant compris dès le départ que les maisons de disques ne le laisseraient jamais enregistrer du blues en français. Son style unique et fluide, cette chaloupe transatlantique franco-louisianaise, est un exsudat biologique causé par tous ces aléas. C’est un peu comme avoir les yeux bleus ou chausser du 44, et ça ne date pas d’hier. La discographie du Triple B est un long travelling qui avale six présidents de la République et 18 Premiers ministres, voit disparaître les bals, les rois de l’accordéon, le franc, les bagnoles avec cendrier et les salles de concert avec fumeurs, et arriver la pizza à l’ananas, la cuisine tex-mex et le spritz, qui traverse indemne les samedis soirs de Jean-Pierre Foucault, les dimanches après-midis de Jacques Martin et de Michel Drucker. On murmure aussi que BBB donne des cours de survie à de jeunes maquisards de la bande FM.
Le premier rendez-vous avec Nico Duportal avait été pris en 2017, pour le 25 centimètres A Boire Et A Manger A St-Germain Des Prés. Benoît pouvait enfin se tremper dans les cuivres sans devoir cavaler jusque dans un faubourg d’Austin, lui qui désespérait de trouver en France des souffleurs capables de piger quelque chose au rhythm’n’blues. C’est encore Nico Duportal qui réalise ce 17e album, et pousse comme jamais le feu sous le swamp de Benoît, shuffles généreusement galbés, barytone twangy, cette touche JD Miller qu’accentue encore un jeu d’harmo simplifié. L’album, saisi quasiment live, n’a pas demandé plus de préparation que les autres. Les deux guitaristes, Nico et Stan Noubard Pacha, se sont rencardés un après-midi chez lui pour une répète, puis Benoît s’en est remis comme toujours à l’instinct de ses musiciens, notamment les deux qui arrivaient de la maison Duportal, le batteur Pascal Mucci et Alexis Bertein. Alex, saxo chez Nico, joue ici la section de cuivres, l’orgue et surtout la basse.
Faut-il être pointu pour sortir de cette franquette un disque qui tourne aussi rond !
Christian Casoni
Publié le
16/10/2020
VIOLENT ALLIES