interview

Survival Zero
Une rencontre téléphonique avec Pierre, le chanteur du groupe "Survival Zero" qui nous parle de leur premier et très réussi album "The Ascencion". Un univers particulier qu'il nous fait découvrir.

L&T: Salut, on va commencer par une présentation du groupe "Survival Zero". Petit historique et pourquoi ce nom ?
Pierre: Salut. Nous sommes un groupe qui vient de Champagne, plus précisément de Troyes. On est cinq dans le groupe et on se connaît depuis une bonne quinzaine d'années. On a eu des groupes ensembles, ou on a partagé des scènes avec nos groupes respectifs de l'époque. Pour cet album j'en suis à l'initiative et j'ai amené la matière première que j'ai fait écouter à Ben, Pierre, Thibaut et Régis qui forment le groupe avec moi. Et collectivement, on a fait évoluer cette matière pour donner naissance à ce 1er album "The Ascencion". Le nom du groupe est aussi lié à l'histoire de cet album et aux textes. Pendant plusieurs années j'ai été malade, j'ai eu une dépression et j'ai proposé aux gars de parler de ça dans les textes et ils ont validé. Je les en remercie. Bien entendu tout ça reste métaphorique, je n'ai pas fait de textes autobiographique. Cette maladie là, je l'ai un peu vécu comme un virus à l'intérieur de moi. Ca contaminait une émotion après l'autre jusqu'à je finisse à ne plus rien ressentir avant d'être pris en charge et soigné. Et c'est quelques mois après avoir été guéri que l'idée du groupe est venue. On parle de "patient Zéro" pour ce qui touche à tout ce qui est virus, et je me suis demandé comment on appelait le "1er guéri". Donc l'idée de "Survivor Zéro" est venu comme ça. Mais nommer un groupe parlant d'une seule personne n'était pas bonne d'où le nom "Survival Zéro". La survie plutôt que le survivant. Le nom de groupe évoque un état d'esprit, plutôt que une personne.

L&T: J'aime bien le terme "Activistes de la scène Métal" que l'on trouve dans votre dossier presse. Comment doit on le prendre, vous êtes des "rebelles" ?
Pierre: (Rires) Je pense que quand on fait du Métal, on doit avoir une part de rébellion en soi. Activistes car on a fait le calcul du nombre de groupes que l'on avait eu à nous 5 par le passé et ça représente une vingtaine de formations dans des registres différents. Donc l'activité dans des groupes locaux, underground. Quelques fois nous étions déjà ensemble dans des groupes comme avec Ben le guitariste par exemple. Et activistes aussi car toujours prêts à aller coller des affiches, organiser des concerts, on est plusieurs à avoir écrits dans des fanzines locaux. Et je pense que cet activisme là est partagé par beaucoup d'autres groupes en France et ailleurs pour faire vivre notre musique. Le Métal est une musique de passionnés.

L&T: On va parler de "The Ascencion" votre 1er album mais avant de l'aborder, comment tu définis votre musique ? On passe du bon gros métal extrême, à un métal plus groovy, et quelques fois on touche au Hardcore.
Pierre: On essaie de faire un Métal qui groove et avec des ambiances assez sombres qui peuvent rappeler le Métal extrème, le Black Métal, voir le Post Hardcore dans la lancinance et la mélancolie qu'il a. Et on va aussi piocher dans différents esthétiques que propose le Métal. Car ce sont des choses que l'on aime bien écouter tout simplement. On essaie de varier les musiques au travers des différentes humeurs de nos chansons.

L&T: Pourquoi ce titre "The Ascencion" ?
Pierre: Dans la track list de l'album on a essayé d'avoir une progression vers le haut. Une élévation. Les textes sont nés de la musique et donc il y a cette idée de s'élever "vers le haut" après une étape douloureuse comme une dépression dans mon cas. Et le fait de prendre de la hauteur, on l'a matérialisé dans les textes par des métaphores qui parlent de l'espace. Et le mot "Ascencion" a aussi une aura mystique. On peut l'utiliser pour parler d'une ascension d'une côte au Tour de France par exemple, pour des fêtes religieuses, dans des textes
philosophiques. Ce mot a cette aura mystique. Et ça a imposé l'architecture de l'album avec cette progression musicale vers le haut et des têtes qui te font acheminer vers une ascension intérieure.

L&T: Une intro plutôt intrigante, surprenante qui donne envie de voir ce qui se cache derrière. Après des gros riffs bien accrocheurs, parfois assez violents, des mélodies que l'on retient et "césures" je dirais avec des intros soft voir un instru "The Coldspot" avant une explosion finale (Foundation et The Otherverse), l'album est scénarié, c'est un concept album?
Pierre: Ah oui carrément. Après, je dis toujours qu'un concept album n'est pas forcément un album qui raconte des histoires. Le notre ne raconte pas d'histoire avec des personnages qui inter-réagissent. Ce n'est pas ce genre de concept album. Nous, il y a des thèmes musicaux qui vont revenir d'une manière ou d'une autre, d'une chanson à une autre. Pareil dans les textes, il y a des thèmes qui vont être abordés d'une chanson à l'autre. Et comme tu le dis dans ta question, on a essayé de poser une architecture qui fasse varier le rythme. Tu dis "scénarisé", nous on parle de "narrations" au sein du groupe. Avec des rythmes qui cassent, qui reprennent différemment, un peu comme dans un film.

L&T: Je parlais de "cassures" car quand on voit la courbe de vos chansons sur "Dropbox", elle sont toutes à peu près les mêmes. Une montée en puissance, puis une descente et une remontée.
Pierre: C'est exactement ça.

L&T: Sur scène, vous le jouez, ou le jouerez dans le même ordre que la set list je suppose ? Du coup l'album a t il été pensé ou composé pour la scène ou pas forcément ?
Pierre: Alors pas que. Mais on l'a quand même aussi pensé pour sa version "live" car créer de la musique entre nous 5, on aime bien, mais ce qu'on kiffe le plus c'est d'être sur scène. C'est le frisson de la scène qui nous motive pour faire de la musique. Donc, oui, on a essayé de faire un album qui soit taillé pour le "live".

L&T: Même si "The Ascencion" est votre 1er album, on sent beaucoup de maturité, de maîtrise dans vos compos. Comment vous avez travaillé cet album?
Pierre: Comme je te l'ai dit tout à l'heure, pour cet album là, j'ai amené la matière première des chansons, mais sans rien imposer. Et entre les idées premières et ce qui figure sur l'album, il y a des choses qui ont grandement évolué par ce travail de groupe sur les ambiances, le groove. Il y a vraiment eu un travail collectif à faire grandir les morceaux. Ce que j'ai aimé durant cette période en jouant avec eux, c'est que leurs jeux faisaient évoluer le mien. Et on partage tous cette impression là, que chacun a apporté aux autres. Ensuite on a répété, on a jammé sur les idées, on a maquetté, quelques fois deux fois pour certains titres, et l'idée était que l'on arrive en studio en n'ayant pas à faire quarante prises du même riff. Si au delà de 5 ou 6 prises tu n'arrives pas à le jouer, c'est tout simplement que tu ne l'as pas assez préparé. Tout le travail en amont a été important pour éviter ça. Et je finirais par une dernière étape car elle mérite d'être soulignée. Le fait d'avoir beaucoup travailler avant, nous a permis de pouvoir beaucoup discuter avec Mat Chiarello, qui a produit l'album, sur certaines choses comme l'éxécution d'un riff, d'une mélodie, d'un jeu de batterie, enfin toutes ses idées qu'il a nous apportées. Et on est super content car ça participe à l'effet massif qu'il y a sur cet album.

L&T: Quand on lit votre bio, on parle de Asimov, Kafka ou Clarke, ce sont des inspirations pour vous textes et l'univers dans lequel vous nous entraînez ?
Pierre: Oui c'est ça. Je lis beaucoup de choses et ce sont des auteurs que j'ai beaucoup lu et que je lis encore. Mais à l'avenir cela pourrait être d'autres inspirations littéraires. Je vais puiser dans leurs styles, leurs images, leurs métaphores ou les thématiques qu'ils développent. Clarke et Asimov c'est pour leur côté SF et la sagesse qu'il y a dans leurs écrits. Kafka c'est plus pour le côté pessimiste et les réflexions de l'ordre de l'intime sur l'humanité et l'humain. Au delà des textes, il y a un univers visuel qu'on essaie d'emmener vers ce côté un peu SF, mystique, l'espace. On est un peu dans l'entre deux. C'est ce qui fait un peu notre singularité, même si d'autres groupes s'en inspirent aussi.

L&T: On vient de parler de vos références litteraires, mais quelles sont vos références musicales?
Pierre: Alors, il y a clairement une base pour cet album. C'est un premier album, il faut bien se remettre dans son contexte. Car cela va être emmener à évoluer. En tous cas, pour cet album là, il y a un socle à rechercher du côté de la scène Métal Hardcore américaine. Les groupes comme Chimera ou cette génération par exemple qui ont émergé début des années 2000 aux Etats Unis et qu'on aime beaucoup surtout dans l'approche du jeu de guitare. Après, est venu se greffer du Harcore, du Prog, du Métal extrême. En terme de références, ça pourrait se traduire par Tool par exemple, The Ocean, No Father mais aussi Metallica ou Gojira qui sont des groupes qu'on a en tête. Et on est tous très très fans aussi de la scène suédoise pas forcément pour le Death Melo. Il y a une aura, une mélancolie dans cette musique qui nous touche particulièrement.

L&T: Qui a eu l'idée de cette pochette ? Que représente t elle?
Pierre: C'est lié à la chanson "Eternal Return" qui est un morceau qui fait la transition entre 2 états d'esprit. Et dans son refrain cela dit en gros "Ne te débarrasse pas de tes failles, de tes erreurs, de tes blessures, car c'est ce qui va te renforcer, te rendre résilient". Et au bas de la pochette tu as une espèce de chrysalide de laquelle ressort au milieu un personnage qui a l'air en méditation et à ces côtés 4 squelettes qui ne sont pas d'autres personnages, mais bien une seule et même personne. Elle médite et sur les côtés, ce sont ses erreurs qui sont symbolisées.

L&T: Vous travaillez déjà sur un second album? Ou vous attendez de pouvoir présenter celui ci sur scène, même si pour le moment, on ne sait pas quand cela pourra se faire?
Pierre: Oui. Effectivement, on avait prévu de faire des concerts mais le Covid est venu gâcher la fête. Mais l'idée est quand même d'aller défendre "The Ascencion" sur scène avant de commencer quoi que ce soit qui fasse suite. Quitte à arriver après la bataille, mais on veut vraiment présenter et défendre cet album. Après, confinement oblige, on compose déjà des nouveaux trucs, mais c'est encore trop embryonnaire pour dire qu'on a un second album en gestation. On a quelques idées. Il faut les creuser, et on ne se sait même pas si elles vont faire leur chemin ou pas.

L&T: Est ce que tu peux définir le groupe en 2 ou 3 mots ?
Pierre: Percutant par le groove, l'énergie et le côté massif de la production. Intense car un album de moins de quarante minutes mais riche. Sombre car on aborde des thèmes qui sont sombres tout simplement.

L&T: Dernière question rituelle: quel est le dernier morceau ou album écouté?
Pierre: Je suis mauvais client car j'ai toujours plusieurs trucs en cours d'écoute. Je peux en donner plusieurs ?

L&T: Bien sûr.
Pierre: J'écoute beaucoup le dernier album de Barishi "Old Smoke" sorti chez Season of Mist. Ca déboîte. J'écoute aussi le dernier Benighted "Obscene Repressed" en boucle. Cet album est trop bien. Un groupe de chez nous Northern light qui fait du métalcore. Ils ont fait un super album "Hopes and Disillusions". On avait prévu des concerts avec eux et on a vraiment hâte de les retrouver en live. Et pour finir, dans un registre tout à fait différent, un groupe de Doom français qui s'appelle Angellore qui a sorti un super album qui s'appelle "Rien ne devrait mourir". Je l'ai acheté en vinyle et il est super beau. C'est un voyage cet album. C'est très très intéressant. Résumer ça juste a du Doom serait trompeur car c'est une musique qui est très riche. Voilà je le conseille vivement.

L&T: Merci beaucoup pour cette interview Pierre, et à bientôt j'espère sur une scène.
Pierre: Merci à toi. Je l'espère aussi.
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